Raphaëlle Monod - De la bosse attitude à la boss attitude

 

Entretien avec une championne : Raphaëlle Monod
 
Sa voix est douce, très calme, posée. D'un premier abord, difficile de penser que cette femme prévenante, férue de ski, a dévalé les pistes de bosses comme personne dans les années 90. Et pourtant, le palmarès de Raphaëlle Monod est grandiose : championne du monde de ski acrobatique à 17 ans, médaillée olympique et plusieurs fois classée dans les compétitions internationales. La "reine des bosses" a grandi dans les montagnes,au cœur du massif des Aravis. C'est là qu'elle a choisi tout naturellement de faire une formation ski études, à partir de la classe de seconde. Elle nous parle de sa scolarité et nous donne quelques conseils, riches de son expérience d'ancienne sportive de haut niveau.
 
Smooz : Vous avez atteint très jeune le haut niveau. A cette époque, comment combiniez-vous ski et lycée ?
 
  • Raphaëlle Monod : J'étais inscrite au ski études des Aravis, qui permettait de s'entraîner intensivement tout en suivant sa scolarité. A cette époque, nous étions ainsi une vingtaine, dont Edgar Grospiron, à suivre des cours à distance via le Cned. Pour ce faire, le ski études avait créé une petite cellule, le tout "coaché" par un professeur. J'ai pu y poursuivre ma scolarité jusqu'en terminale G en gestion.
 
Quel était votre rythme de travail ?
 
  • En attendant les compétitions, nous travaillions nos cours de septembre à décembre. Puis, durant l'hiver, le rythme scolaire ralentissait : nous étions concentrés sur nos compétitions, même si pour ma part, il m'arrivait de travailler à l'hôtel entre deux descentes. Au printemps, nous mettions les bouchées doubles. Notre planning de cours s'adaptait aussi beaucoup à la météo.
 
Vous deviez préférer être sur les skis que derrière un bureau. Comment vous motiviez-vous ?
 
  • Toutes les couronnes se fanent à un moment donné et j'en étais très consciente. L'école est très importante pour l'après carrière. Pour ma part, mes parents s'attendaient certainement à ce que je reprenne leur magasin à La Clusaz. Mais, j'avais d'autres ambitions, comme travailler dans la communication et le marketing.
 
Alors, vous avez réussi votre carrière sportive, qu'en est-il pour la suite ?
 
  • Je n'ai pas poursuivi mes études après la terminale. Je me suis consacrée entièrement au ski. Mais, je suis très fière d'avoir tout de même réussi à intégrer, grâce à ma carrière sportive, des postes très intéressants chez des sponsors, en recherche et développement. J'y ai beaucoup appris, comme la gestion de projet, le suivi d'un budget. Mon expérience m'a ouvert des portes.
 
Et aujourd'hui ?
 
  • J'ai toujours eu un caractère très avant-gardiste, indépendant. Un jour mon père m'a dit : "le métier que tu feras n'existe pas encore". Cela m'a apaisé, il avait raison : je suis plus créatrice que soumise. J'ai créé une agence photo avec mon époux, lancé une gamme de cosmétiques bio [ndlr : snobioflowers]. Aujourd'hui, j'anime des ateliers, au bord du lac d'Annecy, d'initiation à la création en cosmétique 100% naturelle.
 
Quels souvenirs gardez-vous de vos années de lycée "à distance" ?
 
  • J'ai un souvenir très positif du Cned. Il m'a beaucoup appris : à devenir responsable, à trouver la bonne information le plus vite possible, à gérer le temps toute seule. En cela, il a aidé ma carrière de sportive. Il m'a aussi permis de développer davantage les matières que j'aimais, à en être curieuse, efficace et donc plus douée, ce qu'un cadre conventionnel ne permet pas.
 
Conseilleriez-vous le même parcours à un jeune sportif ?
 
  • Je conseillerais le Cned à 200% ! Le sport est nécessaire à l'évolution de tout être, mais, si vous en avez les moyens, ne pas en oublier les études pour autant !
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