Interview famille Fleith - Le globe comme terrain de jeu

"Tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien, ils l'ont construit avec leurs rêves". Cette citation de Bernard Moitessier est l'adage de Catherine, orthophoniste, et Bruno Fleith, consultant. Mordus de navigation et de découvertes, ces quarantenaires ont embarqué à bord de Varatraza 2 avec leurs quatre enfants, âgés de six à quatorze ans, pour un tour de l'Atlantique en monocoque. Une "éclipse océane" débutée en août 2012 et qui se terminera dans un an. Le pied à peine posé sur le rocher de Gibraltar, Bruno répond à nos questions. Quand passion de la voile, voyage et famille se rencontrent.

 

Présentation vidéo de l'Allure 45, voilier avec lequel la famille est partie [vidéo constructeur]

Comment ne pas sauter de joie lorsque des dauphins par dizaine nous accompagnent ?

Bruno, c'est un projet un peu fou. Pourquoi ce tour de l'Atlantique ?

 
  • Nous avions ce projet en tête depuis très longtemps, cette année était la bonne : William, l'aîné, rentre en troisième et Paloma, la dernière, est autonome et sait nager. Côté boulot, c'est aussi le bon moment pour s'accorder une année sabbatique. Les enfants ont grandi avec l'idée que nous partirions un jour.  L'élément déclencheur fut certainement de réaliser notre rêve pour en construire un autre pour l'avenir. Nous avions assez rêvé, il fallait se lancer dans l'aventure !

 

Et le "lancement" a duré combien de temps ?

  • Notre projet s'est réellement concrétisé le jour de la décision d'achat de notre nouveau bateau, il y a deux ans. Il fallait bien tout ce temps pour préparer notre voilier, expliquer le projet aux enfants et à nos proches, mettre en place l'organisation à terre.
 
Une famille nous a confié que le plus difficile était d'attendre le moment de l'annonce aux proches. Pour vous aussi ?
 
  • Oui, mais, plus précisément, le plus dur a été de leur "vendre" notre projet, ainsi qu'à notre milieu professionnel. Beaucoup pensaient que nous n'irions pas au bout, c'était mal nous connaître ! D'autres ont été enthousiastes et cela nous a accompagné et motivé. Au niveau familial, c'est toujours douloureux de séparer les petits-enfants de leurs grands-parents, de quitter sa famille, mais rien n'est insurmontable pour vivre une expérience pareille !
 
Et aujourd'hui, vous sentez-vous entourés ?
 
  • L'annonce de la date, et donc la mise en réalité du projet, a été un peu difficile à accepter. Passé ce cap, chacun nous a accompagné à sa façon : préparation de confitures ou de Limoncello, la panoplie du petit navigateur offerte à Noël, aide à la préparation du bateau, aux aspects administratifs. Au final, tous ont adhéré ! Nos copains, quant à eux, nous soutiennent depuis le début, nous apportant un appui logistique si besoin.
 
Le retour en France. Comment l'imaginez-vous ?
 
  • Il est à préparer avec minutie, avant le départ. Nous avons tenté d'anticiper tout ce que nous pouvions. Nous récupérerons notre maison (à Lyon) l'été  prochain, afin d'être réinstallés pour la rentrée. Nous avons conservé des contacts avec les écoles pour que les enfants soient réintégrés facilement. Et enfin, nous avons organisé notre retour professionnel, très simplement, en reprenant nos activités réciproques là où nous les avions laissées.
 
Au départ, comment vos quatre enfants ont-ils réagi à l'annonce du projet ?
 
  • Ils ont navigué avec nous dès leur plus jeune âge, s'habituant aux contraintes de la mer, mais aussi aux joies de la découverte de nouveaux horizons. Ils ont appris à barrer, à lire la cartographie, à réagir en cas de problème grave, à respecter les règles imposées par le chef de bord (leur papa !), à vivre cette promiscuité qu'impose la vie à bord. Ils ont adhéré au projet dès le premier jour. Il n'était pas envisageable pour nous de partir sans leur adhésion totale.
 
Un petit conseil pour les investir totalement dans l'aventure ?
 
  • Faire un projet solidaire avec Voiles sans frontières a vraiment été un plus énorme pour nous. Cela à donner du sens au projet, permettant aux enfants de s'investir et d'expliquer à tous (écoles, activités, scouts) notre aventure et notreparcours.
 
Malgré cela, les enfants ont-ils eu des peurs ?
 
  • Leur principale crainte était de laisser leurs amis. Abandonner leurs activités, leur école, bref tout ce qui était synonyme de quotidien rassurant, a été également difficile. Tout comme quitter leur maison en imaginant d'autres personnes à leur place…

 

Le seul vrai conseil est de suivre son instinct et d'aller droit devant quoi qu'il arrive et quoi qu'on en dise…

 
Des conseils pour bien répondre à leurs craintes ?
 
  • Faire en fonction de son "feeling" de parents et du mieux possible. Nous les avons d'emblée rassurés sur les moyens de communication à bord, des technologies qui leur permettraient de rester en contact avec leurs copains. Nous avons organisé plusieurs grandes fêtes de départ : une fête pour chacun avec ses propres amis et une grande fête générale avec la famille, les cousins et amis. L'occasion de se dire au revoir et à bientôt.
 
Et aujourd'hui, les enfants sont-ils "heureux" ?

 

  • Comment ne pas sauter de joie lorsque des dauphins par dizaine nous accompagnent ! Les deux plus jeunes sont heureuses de la proximité qu'elles retrouvent avec nous : cuisiner, jouer ensemble, bref vivre en famille. Les deux grands semblent un peu plus nostalgiques parfois, ils ont besoin d'occupations permanentes et ont hâte de rencontrer d'autres ados en vadrouille.
 
Comment supportent-ils le temps passé sur l'eau ? Quels sont vos conseils ?
 
  • En navigation, ils lisent, écrivent, font des tas de jeux de société, écoutent de la musique et regardent des dvd. Ils participent aussi beaucoup à la navigation. Les deux grands prennent des quarts, avec nous, le matin et le soir jusqu'au petit matin. Cela nous permet de nous reposer un peu et de les investir dans la navigation. William, notre fils, pêche également. Au mouillage, ils font de nombreuses activités nautiques en fonction de leur âge : canoë, planche à voile, kite surf, plongée et pêche sous marine, snorkeling. Et à terre, visites et découvertes !
 
Une autre petite astuce pour les occuper à bord ?
 
  • C'est judicieux de prévoir de petites surprises pour les grandes navigations, à sortir quand le temps paraît un peu long. BD ou petits livres pour les uns, mots-croisés ou sudoku pour les autres et gourmandises pour tous ! Et les cours à distance du Cned vont débuter, de quoi les occuper !
 
Quel est votre budget ?
 
  • Notre budget mensuel de fonctionnement est de 1800 euros par mois, ce qui comprend l'alimentation, le gasoil du moteur, les frais de port éventuels, les frais de visites à terre (hôtel et location de voiture), l'assurance santé et rapatriement. Le bateau étant neuf, notre budget entretien est négligeable.
 
Un poste qui demande davantage de budget que prévu ?
 
  • Notre navigation en méditerranée entre la France et Gibraltar a été étonnante : alternance de coup de vent et de long calme plat. Nous avons dû naviguer au moteur et augmenter notre budget gasoil. La panne du moteur d'annexe nous a contraints à faire appel à un spécialiste. Nous avons opté pour un moteur d'occasion et ce n'est pas un bon choix pour le moment…
 
A ce stade du voyage, aucun regret ?
 
  • Nos enfants sont heureux de partager cela avec nous. Chaque jour est l'occasion d'une nouvelle découverte, que ce soit à terre ou en mer : nouveau peuple, nouveau paysage, partages de moments d'émotion intense. Et finalement, le seul vrai conseil est de suivre son instinct et d'aller droit devant quoi qu'il arrive et quoi qu'on en dise…
 
Pour en savoir plus : varatraza2.fr
 
A suivre: La famille Fleith ayant accepté notre proposition, vous allez pouvoir vivre (à distance) ce voyage extraordinaire toute l'année.
Quatre enfants ; 3ème, 4ème et primaire